Roi Lear mis en scène par André Engel vu par Claudia Reinhart
Atelier d’écriture critique, animé par Floriane Gaber, critique de théâtre
Odéon - Théâtre de l'Europe
Lear Shakespeare<br />
Les passions et les éléments se déchaînent au rythme d’effets d’éclairage dramatiques. Nous sommes dans les années 30. Le roi est fou, vive le roi. André Engel nous présente sa vision d’une des pièces les plus difficiles de Shakespeare au Théâtre de l‘Odéon.
Comment lire Shakespeare ? Quel élément privilégier ? L’amour, la haine, la folie, la vieillesse, le conflit des générations, la cruauté ? Lear, est-il un souverain absolu, un despote d’une époque lointaine, un tyran seul responsable de ce qui advient de lui et de ses proches après le partage arbitraire de son royaume ?
Non. Nous sommes dans un entrepôt à Berlin ou à Chicago, dans les années 30, face à un PDG sénile, irascible et las du monde des affaires, à un père trahi par ses filles, à un fou errant. Le Lear d’Engel n’a rien d’un roi, sauf les habits. Du moins au début.
Le rouge et le noir
Dans une des premières scènes, nous le voyons en smoking noir et chemise blanche assis dans un fauteuil rouge sang en train de distribuer des dossiers représentant les parties de son empire.
Son esprit est encore aussi sain que sa tenue est impeccable. Le noir de ses habits ponctuera pendant toute la pièce, telle une hache, les coupes franches entre les séquences. Le rouge du fauteuil trouvera son écho dans le sang versé lors de l’aveuglement de Glouster par Oswald ainsi que dans la somptueuse robe de chambre de Lear tranchant avec la blancheur virginale de la tenue de Cordélia, morte dans ses bras.
Une folie résonnante
La voix de Lear est frêle. C’est la voix d'un vieillard brisé, rien ne laisse penser à un homme puissant. Ce ne sera qu’après avoir répudié Cordélia, sa fille préférée qui ne lui offre pas les preuves d’amour attendues, que sa voix résonnera comme celle d'un homme en pleine possession de ses moyens.
Et cette puissance vocale ne le quittera plus jusqu’à la fin où il reprend ses esprits. C’est comme si sa voix ne résonnait que dans la folie et que cette folie lui conférait un pouvoir jamais connu auparavant. Y a-t-il une vie après le pouvoir? La réponse est claire. Oui, il y a une vie, mais une vie intense et insensée qui balaie les souvenirs comme une tempête de neige.
Une démesure mesurée Soudain, un vent glacial accompagné de tourmentes de neige, d’éclairs aveuglants et de coups de tonnerre assourdissants envahit le plateau. Une scène purificatrice représentée avec un souci du réalisme digne de Hollywood. Apocalyptique, cette scène ouvrira les yeux de Lear au point que ce dernier n’a plus besoin du Fou qui disparaît sans autre explication. Désormais, le fou, c’est Lear.
Hélas, si Michel Piccoli excelle dans le rôle du père, du père avide d’amour feint, du père déçu par toutes ses filles, du père pleurant la mort de sa préférée, il est beaucoup moins convaincant dans les scènes de folie qui auraient exigé une plus grande force, un véritable dé-lear.
Claudia Reinhart
Lear Shakespeare<br />
Les passions et les éléments se déchaînent au rythme d’effets d’éclairage dramatiques. Nous sommes dans les années 30. Le roi est fou, vive le roi. André Engel nous présente sa vision d’une des pièces les plus difficiles de Shakespeare au Théâtre de l‘Odéon.
Comment lire Shakespeare ? Quel élément privilégier ? L’amour, la haine, la folie, la vieillesse, le conflit des générations, la cruauté ? Lear, est-il un souverain absolu, un despote d’une époque lointaine, un tyran seul responsable de ce qui advient de lui et de ses proches après le partage arbitraire de son royaume ?
Non. Nous sommes dans un entrepôt à Berlin ou à Chicago, dans les années 30, face à un PDG sénile, irascible et las du monde des affaires, à un père trahi par ses filles, à un fou errant. Le Lear d’Engel n’a rien d’un roi, sauf les habits. Du moins au début.
Le rouge et le noir
Dans une des premières scènes, nous le voyons en smoking noir et chemise blanche assis dans un fauteuil rouge sang en train de distribuer des dossiers représentant les parties de son empire.
Son esprit est encore aussi sain que sa tenue est impeccable. Le noir de ses habits ponctuera pendant toute la pièce, telle une hache, les coupes franches entre les séquences. Le rouge du fauteuil trouvera son écho dans le sang versé lors de l’aveuglement de Glouster par Oswald ainsi que dans la somptueuse robe de chambre de Lear tranchant avec la blancheur virginale de la tenue de Cordélia, morte dans ses bras.
Une folie résonnante
La voix de Lear est frêle. C’est la voix d'un vieillard brisé, rien ne laisse penser à un homme puissant. Ce ne sera qu’après avoir répudié Cordélia, sa fille préférée qui ne lui offre pas les preuves d’amour attendues, que sa voix résonnera comme celle d'un homme en pleine possession de ses moyens.
Et cette puissance vocale ne le quittera plus jusqu’à la fin où il reprend ses esprits. C’est comme si sa voix ne résonnait que dans la folie et que cette folie lui conférait un pouvoir jamais connu auparavant. Y a-t-il une vie après le pouvoir? La réponse est claire. Oui, il y a une vie, mais une vie intense et insensée qui balaie les souvenirs comme une tempête de neige.
Une démesure mesurée Soudain, un vent glacial accompagné de tourmentes de neige, d’éclairs aveuglants et de coups de tonnerre assourdissants envahit le plateau. Une scène purificatrice représentée avec un souci du réalisme digne de Hollywood. Apocalyptique, cette scène ouvrira les yeux de Lear au point que ce dernier n’a plus besoin du Fou qui disparaît sans autre explication. Désormais, le fou, c’est Lear.
Hélas, si Michel Piccoli excelle dans le rôle du père, du père avide d’amour feint, du père déçu par toutes ses filles, du père pleurant la mort de sa préférée, il est beaucoup moins convaincant dans les scènes de folie qui auraient exigé une plus grande force, un véritable dé-lear.
Claudia Reinhart

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