Ce n'est pas Martial Cherrier qui fait du body building, c'est l'art le body builder. La pratique artistique est le produit d'incessantes métamorphoses : Martial Cherrier dont le corps est le matériau, se dessine et se photographie seulement après avoir donné à son apparence la forme qu'il désire. Et cette forme ne sera jamais apaisée.



Dans "Fly or Die", série qui fait suite aux grands portraits photographiques où l'artiste se représentait en mannequin associé aux marques d'anabolisants et de grande consommation, les dimensions changent radicalement. L'hypertrophie des muscles, si elle subsiste, carbure désormais à l'hybride, dans une résolution homme/animal qui trouve sa vérité au moment de l'éclosion d'un papillon à l'apesanteur vacillante. L'ouverture des ailes trouve un équilibre incertain, à considérer les baskets que porte l'artiste avec un sens burlesque parfait, donc énigmatique. La chenille body buildée est évacuée, le rythme de la respiration de l'artiste a changé: ce n'est plus le passage d'un seuil à un autre, d'un instant de vie à un autre, c'est une série d'apparitions malicieusement narquoises dans une tentative de vol continu. Réduit à un lilliputien face au réel qu'il survole, encagé et épinglé, promis à la crucifixion douce des coléoptères, il est libre, pourtant, Martial Cherrier.
Isabelle Rabineau
(Extrait de "C'est l'art le bodybuilder", in MARTIAL, éditions Contrasto et Maison Européenne de la Photographie, 2006)

INFOS PRATIQUES

Maison Européenne de la Photographie
5/7, rue de Fourcy, 4e
Métros : Saint-Paul ou Pont-Marie

Ouvert tous les jours sauf les lundis et mardis de 11 h à 19 h 30.

Entrée : 6 euros, tarif réduit 3 euros.

Pour toute information complémentaire, vous pouvez consulter le site de la MEP.